Le pigeon,mal aimé des Parisiens

Pigeons. Entre 50 000 et 100 000 pigeons errent dans Paris. Symbole de la capitale pour les uns, rats volants pour les autres. Mais comment les pigeons s’intègrent-ils dans le paysage urbain ?

Les pigeons font le trottoir. En vrai péripatéticiens, ils arpentent l’asphalte en binôme, ou en brigade aux allures désorganisées, à la recherche de la moindre miette. A Paris, une cinquantaine de personnes nourrissent ces oiseaux, en toute illégalité. À l’abri des regards, ils créent de véritables concentrations, comme à Beaubourg où des centaines de familiers des lieux quémandent leur ration quotidienne.

Granivores d’origine, ils sont devenus opportunistes et se contentent des restes de sandwichs ou de frites abandonnées, faute de mieux. Ils dévorent tout. Résultat. Leurs 12 kilos de fientes annuelles sont tellement acides qu’elles attaquent la carrosserie des voitures, et la pierre des immeubles. Voilà d’où ils tiennent leur surnom péjoratif : les rats volants. Depuis 1979, une loi interdit la distribution de nourriture aux pigeons sous peine d’amende. Les nourrir peut coûter de 35 à 150 euros d’amende.

Dans le square de la Roquette, une jeune retraitée, Brigitte Marquet a un tout autre point de vue sur la question. «Je ne supporte pas l’indifférence, ni la maltraitance qu’on leur inflige. Les concentrations de pigeons sont le résultat de captures à répétition, et non du nourrissage, mais certains ne supportent plus les manifestations de liberté du pigeon ». A la tête de l’associationl’Ambassade des pigeons, cette femme engagée a horreur des injustices, et pense que les pigeons en sont victimes. Ils sont devenus des « boucs-émissaires » sur lesquels des fausses rumeurs circulent : porteurs de maladies, animaux sales voire agressifs…

« Euthanasiés, gazés ou tués sous vide »

L’oiseau le plus proche de l’homme est devenu un vrai business. Aussi bien sa vie que sa mort génèrent de l’argent. A Paris, des riverains refusent la cohabitation avec les pigeons et n’hésitent pas à employer des méthodes radicales. Des sociétés sont spécialisées dans son extermination. Officiellement leur objectif est de les déplacer sur l’immeuble d’en face. L’opération peut s’élever jusqu’à 10 000 euros pour une simple façade d’un immeuble de six étages. Et leurs outils sont variés. « Répulsifs sonores, piquets, filets ou des fils sont autant de moyens pour éloigner les pigeons », explique un dépigeonneur qui souhaite garder l’anonymat. Il révèle également une autre réalité, moins avouable : plusieurs fois par an, à la demande de syndic ou de mairies, les dépigeonneurs procèdent à des « décimations en masse ». Par groupe de 500 pigeons capturés, les oiseaux sont gazés ou tués sous vide. Compactés dans des caissons étanches, l’air à l’intérieur est pompé : en moins de cinq secondes leurs poumons éclatent. Une barbarie justifiée par l’appât du gain. « Tuer un pigeon peut rapporter gros. Six à dix euros par pièce », selon la spécialiste des pigeons, Brigitte Marquet.

Pigeonnier, un enjeu électoral ?

En se baladant dans certains squares, les pigeons ont désormais un toit. Perché à trois mètres du sol, le pigeonnier en bois peut accueillir jusqu’à 200 oiseaux. A l’intérieur, les granivores trouvent enfin une alimentation à leur convenance et peuvent pondre tranquillement. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de la mairie de Paris. Gérer leur reproduction. Des agents municipaux passent régulièrement à leur domicile pour secouer les œufs, et ainsi en stériliser environ 500 par pigeonnier.

Fini les fientes de pigeons qui recouvrent les voitures garées sous les platanes, ou les façades d’immeubles. Depuis 2007, à Paris ces pigeonniers ont été installés par la mairie dans onze arrondissements . Une politique du logement pour les pigeons, orchestrée par une mairie en quête de médiation entre les pro et les anti pigeons. Pour permettre une cohabitation pérenne, il faut seulement circonscrire les nuisances, « les pigeons fientent là où ils dorment », selon Brigitte Marquet. Loin d’être un HLM, chaque cabane perchée coûte 25 000 euros à la municipalité. Sans compter, une facture annuelle d’entretien de 5000 euros par logement. Peut-être est-ce le prix à payer pour gagner des voix aux élections ? Mais il ne faudrait pas que le citoyen ait l’impression de se faire plumer par un pigeon.

Myriam El Guess et Marion Dubois

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