Bobigny drague les classes moyennes

REPORTAGE. Les logements sociaux représentent la moitié des habitations à Bobigny. La ville veut désormais attirer des propriétaires de classe moyenne, sans chasser les foyers modestes. D’ici à 2014, 4 000 résidences vont sortir de terre. 


Centre ville de Bobigny

Le nouveau centre-ville de Bobigny (Crédit: S.B.)

Terminus de la ligne 5 du métro station Bobigny-Pablo Picasso. Aux portes de Paris, des tours vertigineuses s’élèvent sur les dalles. Un univers de béton en plein centre-ville. C’est ici que Sarah et son mari ont décidé d’acquérir un bien immobilier voilà un an et demi. Un trois pièces de 66 mètres carrés pour 198 000 euros. Jusque-là, ce couple avec deux enfants (bientôt trois) était hébergé chez des proches dans le XIXe arrondissement de Paris.

À Bobigny, le mètre carré se vend à 3 200 euros contre 6 000 euros dans la capitale. Ces primo-accédants n’ont pas hésité. « Avec notre budget, acheter à Paris n’était même pas envisageable. » Au-delà des prix attractifs, Catherine Peyge (PC), maire de Bobigny, vante les atouts de sa ville : « La proximité avec la capitale, la présence du métro, ou encore les deux gares qui doivent s’installer à Bobigny dans le cadre du Grand Paris ont convaincu les nouveaux propriétaires d’ investir. »

Ces acquéreurs sont pour moitié des Balbyniens, et pour l’autre moitié des anciens Parisiens, la plupart du temps originaires des XIXe et XXe arrondissements, quartiers parisiens les plus proches de Bobigny.

« Une ville pauvre »

Pour accueillir ces nouveaux habitants, Bobigny se métamorphose depuis 2007. Plusieurs immeubles sont en construction. Au total, 4 000 logements seront créés d’ici à 2014. Si 30 à 40 % d’entre-eux sont destinés à la location, 60 à 70% de ces logements sont destinés à l’accession à la propriété.

La ville veut ainsi attirer les classes moyennes pour plus de mixité sociale. Il faut dire que plus de la moitié des logements de Bobigny sont des logements sociaux. La maire Catherine Peyge ne le cache pas : « En terme de revenus par habitant, Bobigny est une ville pauvre.» Le revenu moyen des Balbyniens est deux fois inférieur au revenu moyen d’Ile-de-France. Bobigny espère attirer de nouveaux habitants avec plus de pouvoir d’achat. Pour Catherine Peyge, plus d’habitants, c’est aussi plus de revenus pour Bobigny. « Les charges de la ville sont énormes et la population n’est pas assez importante pour y faire face. »

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Catherine Peyge, maire de Bobigny (Crédit : S.B.)

 

Historiquement, Bobigny est une ville d’accueil. Au début du XXe siècle, elle comptait 5 000 habitants. Aujourd’hui, ils sont près de 50 000. Pour réussir la mixité sociale, le défi de la ville est de continuer à accueillir de nouveaux arrivants, sans que les Balbyniens d’origine ne se sentent exclus du projet.

Objectif : « éviter les ghettos de pauvres »

Ainsi dans la mesure du possible, les nouveaux immeubles mixent logements sociaux et logements privés. Objectif : éviter « les ghettos de pauvres. » Deux immeubles se construisent déjà en face de la cité Karl-Marx, situés côte à côte. L’un est destiné au logement social l’autre à l’accession à la propriété. Catherine Peyge insiste : « On continue de construire du logement social et si on doit détruire une tour, on construit au préalable les logements de remplacement. » A Bobigny, 3 000 familles sont en attente d’un logement social (soit environ 10 000 personnes).

Mais il ne suffit pas de mettre les classes populaires aux côtés des classes moyennes pour réussir la mixité sociale. Bobigny reconstruit aussi son centre-ville. Plusieurs tours vont être réhabilitées, deux seront démolies pour laisser la place à des rues, des magasins, des cafés… Et aussi des commerces de proximité pour tisser un lien social. Ainsi, la première librairie s’est ouverte en août 2012. Aline Charron, la gérante, voit l’arrivée des propriétaires d’un bon œil. « Ce sont des gens qui ont plus de sous, qui vont acheter des livres plus chers, et cela nous aide à être viable économiquement.»

Pour continuer à attirer les classes moyennes, Bobigny mise sur la maîtrise des prix de l’immobilier mais aussi sur la sécurité. La présence policière est renforcée de jour comme de nuit dans toute la ville. Bobigny espère ainsi accueillir 10 à 15 000 nouveaux habitants d’ici à quelques années, pour peut-être gagner enfin le statut de ville-capitale de Seine-Saint-Denis.

Férouse Mansour

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