Le Marais va-t-il rester le quartier gay francilien ?

IDENTITÉ. Il recouvre les 3e et 4e arrondissements, dans le triangle République – Saint-Paul – Les Halles. Quartier juif et homosexuel, le Marais voit ce second statut bousculé par la dispersion des établissements LGBT. Au point que la disparition de ce repère gay est envisagée… avant une renaissance ailleurs ?

« Je peux aller manger, boire un verre, m’amuser, danser ou m’acoquiner avec un garçon : je sais que je ne me ferai pas insulter. » Assis à l’Open Café, au coeur du Marais, Roberto résume ainsi en quoi la population LGBT (lesbiennes, gay, bisexuels et transgenres) francilienne est profondément attachée à « son » quartier.

Au militantisme originel des années 1980, à la fierté et à l’ambition de rendre l’homosexualité visible, s’est substitué un confort de l’entre-soi. Une raison d’être demeure : se rendre la vie plus facile. Les jeunes trouvent ici un fabuleux cadre pour construire leur identité. Pour Jean-Michel, responsable de l’Open Café, « c’est essentiel qu’il y ait un point de ralliement, un repère pour tout le monde ».

Le Marais permet de « se sentir protégé », ajoute Jérôme, un client. SOS homophobie avait encore recensé 156 violences homophobes dans des lieux publics français en 2011 et les tensions du débat sur le « mariage pour tous » en ont provoqué de nouvelles.

Néanmoins, à plus long terme, la légalisation du mariage homosexuel, et plus généralement la normalisation de toutes les orientations sexuelles, pourraient faire perdre au Marais sa raison d’être. La clientèle du Marais gay voit bien son quartier évoluer et fait des hypothèses sur son avenir.

Le Marais bousculé par l’argent

Au-delà de ses fondamentaux (drague, convivialité et sécurité), le Marais change déjà. « En journée, la clientèle se mélange, témoigne Jean-Michel, responsable de l’Open Café. Ce n’est plus le quartier gay que l’on a connu il y a 4 ou 5 ans. »

Si les avis divergent d’un établissement à l’autre sur le « degré d’ouverture » acceptable, cette évolution est forcée par le contexte économique :

  • Le quartier a attiré de nouveaux résidents plus fortunés… et parfois moins tolérants envers la « communauté » et ses nuisances sonores. Des habitants ont parfois obtenu des fermetures administratives.
  • Des boutiques de luxe ont remplacé plusieurs établissements, notamment les illustres et populaires Le Central et L’Amnésia. Les anciens patrons ont en fait économiquement intérêt à ne pas revendre à un établissement qui voudrait maintenir une activité de débit de boisson, car ils auraient une pénalité fiscale, la législation tendant à limiter le nombre de bars à Paris.
  • Avec la crise, il est difficile d’investir pour ouvrir un bar, car « les banques ne prêtent pratiquement plus et les sociétés d’assurance n’assurent presque plus personne », selon Rémi Calmon, directeur exécutif du SNEG (Syndicat national des établissements gay), surtout que l’activité de débit de boisson présente un gros risque (fermetures administratives notamment).

Malgré les difficultés, la fréquentation reste forte et le Marais garde son sens. C’est en tout cas l’avis du SNEG : « Il est de bon ton de dire que le Marais est dépassé, observe Rémi Calmon, mais il suffisait d’y aller au soir du vote du mariage gay à l’assemblée nationale pour voir que c’était blindé de monde. Idem à la fête de la musique et à la Gay Pride. »

Le Marais n’est donc pas mort. « On remarque que quand un établissement disparaît, un autre ouvre, assure Rémi Calmon. Par exemple, La Mine vient d’ouvrir et fait un carton, même si c’est situé dans une rue moins visible. »

Début de dispersion des établissements LGBT

Le fait est que les ouvertures se font peu dans le Marais. La tendance est plutôt à une dilution du quartier dans le Paris intramuros. « L’offre de lieux ne diminue pas, mais je pense qu’elle se disperse », analyse Jean-Charles Colin, coprésident du Centre LGBT Paris Ile-de-France.

Une dispersion que Paris a déjà connu dans les années 1950-60, avant que les établissements ne se concentrent rue Sainte-Anne (années 1970) puis dans le Marais (années 1980). Si elle n’est que balbutiante aujourd’hui (cf carte ci-dessous), la re-dispersion pourrait bientôt être plus flagrante, surtout si l’on incluait les établissements « gay-friendly ».

Les établissements LGBT de Paris : bars – clubs – restaurants – cruising bars et saunas – fermés.

Rémi Calmon (SNEG) souligne deux autres phénomènes : avec la crise, « beaucoup ne sortent plus et préfèrent les soirées privées » ; par ailleurs, des promoteurs organisent des évènements ponctuels, que « la nouvelle génération » préfère car elle « ne se reconnait pas autant que les précédentes dans l’identité, elle dit ‘on n’est pas que des pédés’ ».

Autant que géographique, la dispersion est donc qualitative. Pour Xavier Héraud, rédacteur-en-chef adjoint du site LGBT Yagg.com, l’étiquette « gay-friendly » n’est même plus nécessaire « dans les quartiers bobos ». « J’ai vécu à Stalingrad et à Oberkampf, raconte-t-il. À chaque fois ça s’est bien passé, se tenir la main ou s’embrasser dans un bar quand on est gay, c’est devenu naturel. »

Un Paris totalement gay-friendly, sans n’avoir plus besoin de le préciser par un rainbow-flag sur la vitrine, c’est l’espoir de beaucoup d’homosexuels. « L’idéal, ce serait qu’il n’y ait plus besoin d’établissements LGBT, juste qu’il y ait des bars, où tout le monde se mélange », confie Roberto, qui ouvrira bientôt un établissement « où tout le monde est bienvenu ». Il admet cependant que « c’est une utopie ». « L’idéal serait qu’on puisse vivre normalement partout, confirme Louis, à la terrasse de l’Open Café. Mais il faudra encore quelques années. »

Rues Montorgueil et Saint-Denis : les futurs Marais ?

À la dispersion des établissements LGBT ne va pas forcément succéder la disparition. Si les règles économiques concourent aujourd’hui à la dilution du quartier gay, ce sont aussi elles qui pourraient pousser à sa renaissance.

La concentration des commerces homosexuels optimise l’activité, la clientèle pouvant multiplier les consommations en passant, rapidement et facilement, d’un établissement à l’autre. La notoriété mondiale de cette concentration renforce cet intérêt économique.

Après le Marais, où pourraient donc se rassembler les commerces LGBT ? Modestement, Rani, client de l’Open Café, remarque que la rue Montorgueil est à la mode depuis 10 ans et spécule sur la rue Saint-Denis, lorsqu’elle sera « vraiment réhabilitée ». Roberto, lui, va ouvrir son bar dans le XVIIIe arrondissement, « parce que le marché financièrement parlant est accessible, et c’est un quartier qui vit, populaire et touristique ».

« Ce sera pas dans le XVIe, ce serait un four commercial », plaisante Jean-Charles Colin. Plus sérieusement, le coprésident du CLGBT souligne la situation centrale du Marais, prêt des Halles et d’importants carrefours de communication. « Être excentré ne serait pas accepté, pense-t-il. Il faudrait un quartier où les gens peuvent venir facilement ».

Pour cause, le Marais est le quartier gay de Paris, mais aussi de l’Ile-de-France. À l’opposé de l’idée d’un quartier gay, n’oublions pas les déserts. A part quelques maisons d’hôtes et restaurants en banlieue qui affichent une couleur gay-friendly, il n’existe toujours pas d’établissement LGBT dans la grande couronne.

Mickaël Guiho

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Comments

  1. Stéphanie says:

    50 lignes pour dire que le quartier gay n’est pas mort … ça fait un peu beaucoup non ?
    Et le diaporama sonore, 4mn, de condensé de ce que tu dis déjà dans l’article … Légèrement indigeste.
    Le Marais est un quartier qui vit, il y a 200 endroits à prendre en photo …

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