Saint-Ouen : quand le Grand Paris divise une ville

URBANISME. Grand Paris oblige, toutes les communes de la petite couronne ou presque se sont lancées dans des projets architecturaux d’envergure. A Saint-Ouen, ce sera le quartier des Docks. Mais qui des anciens ou des nouveaux habitants pourront jouir de cet éco-quartier ?

Les premiers appartements seront livrés à la fin de l'année 2013. (Crédit : Méréva Balin)

Les premiers appartements seront livrés à la fin de l’année 2013. (Crédit : Méréva Balin)

Comme une impression que les travaux de réaménagement « ne sont pas faits pour nous ». Linda, 40 ans de vie dans le quartier de Landy, se fait le porte-parole de ses voisins. Née à la clinique « dans la rue juste derrière », cette habitante historique a vu année après année « le déclin de la cité ».

Comme d’autres grands ensembles franciliens, la cité du Landy est sortie de terre au milieu des années 1970 pour accueillir les salariés de la zone industrielle voisine. Pas plus dégradées qu’ailleurs, les tours ont tout de même perdu de leur superbe. Le voisinage aussi a bien changé. « Avant, des ingénieurs, des architectes et des ouvriers se côtoyaient ici quotidiennement, se souvient Linda. Aujourd’hui on sent bien que les choix de locataires sont ciblés.»

Avec un taux de chômage atteignant des records en France, de plus en plus de jeunes hommes désoeuvrés « tiennent les murs » au pied des immeubles. Les trafics ont pris une telle ampleur que Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, a placé le quartier en zone de sécurité prioritaire.

Les docks de Saint-Ouen, le quartier du futur

De l’autre côté de la rue, la zone industrielle a disparu, remplacée par un chantier de 100 hectares. Les Docks de Saint-Ouen, le plus grand éco-quartier d’Ile-de-France, devraient être terminés en 2025. Quatre mille logements écoresponsables, des écoles, des parkings mutualisés, des bureaux et un parc de 12 hectares en bords de Seine. A l’image des 30 projets lancés par la communauté d’agglomération Plaine Commune, les Docks de Saint-Ouen représentent l’avenir de l’urbanisme francilien.

En proposant aussi bien des studios en location que des F3 en accession à la propriété, l’idée est d’attirer le public le plus large possible. Dans la brochure municipale dédiée au projet, Jacqueline Rouillon, maire PC de Saint-Ouen, dit « tenir absolument à ce que ce quartier soit accessible à tous les Audoniens ». Comprenez les habitants de Saint-Ouen.

Grâce à un accord conclu avec les promoteurs autorisant un rabais de 10 % sur le prix du marché, le maire espère que 200 ménages de sa commune pourront s’offrir leur premier bien immobilier. Les premiers logements sociaux livrés en fin d’année seront attribués en priorité aux Audoniens. Mais pas sûr qu’ils trouvent preneur. « Les nouveaux appartements sont hors de prix, explique Linda. 1 000 € par mois pour un 3 pièces, c’est démesuré ! »

Sur le trottoir d'en face, les habitants du quartier Landy se sentent oubliés. (Crédit : Méréva Balin)

Sur le trottoir d’en face, les habitants du quartier Landy se sentent oubliés. (Crédit : Méréva Balin)

Jacqueline Rouillon, un maire en guerre contre la spéculation immobilière

Depuis son premier mandat en 1999, l’édile Front de gauche de Saint-Ouen livre un combat contre ces investisseurs faisant augmenter artificiellement les prix des terrains et biens immobiliers. Cécile Duflot, ministre du Logement, lui a même remis la légion d’honneur pour cette raison en décembre dernier.

Face aux propriétaires de logements anciens, le maire détient une arme : le droit de préemption urbain. Cette procédure, aussi utilisée dans les villes de Pantin et de Saint-Denis par exemple, permet aux services municipaux de racheter un bien immobilier dans le cadre d’un projet architectural. Prioritaire, la mairie peut fixer ses conditions, et donc le montant de la transaction. « Une sorte de chantage, s’insurge Fabrice, agent immobilier à Saint-Ouen depuis 15 ans. La mairie menace mais achète rarement le bien. » Cinquante actions de ce type ont été menées par l’édile en 2011, selon le Moniteur.fr

Unanimement saluée, la politique urbaine de Jacqueline Rouillon n’est pourtant « pas à la mesure du problème du logement à long terme », selon Marc Wiel, urbaniste. « La formation des prix immobiliers est beaucoup plus complexe, explique-t-il. Elle est liée à trois choses : une conjoncture plus ou moins favorable aux investisseurs, une forte concentration d’emploi dans des zones proches des transports en commun et les revenus des habitants. » Plus le nombre de ménages à hauts revenus prêt à acheter dans une zone est important, plus l’offre de logement s’adapte à ce nouveau public faisant du même coup augmenter les prix. A Montreuil, par exemple, les tarifs ont grimpé de 36 % depuis cinq ans, selon le baromètre des notaires.

Ils logent dans le 93 mais leur vie est toujours à Paris

Depuis dix ans environ, Fabrice voit de plus en plus de Parisiens pousser la porte de son agence immobilière. « Ce sont ceux qui ne peuvent pas acheter dans Paris intra muros, décrypte-t-il. Ici, ils peuvent avoir plus grand pour moins cher. » Comptez 250 000 € pour un trois-pièces, alors que les prix peuvent atteindre 500 000 € pour le même bien de l’autre côté du périphérique. Les acquéreurs sont des couples trentenaires, pour la plupart. Ils viennent  trouver un bien au moment de fonder une famille.

Ces nouveaux arrivants ne font en fait que passer. « Ils restent cinq ans en moyenne, indique Fabrice. Après, ils vont s’installer dans une maison avec jardin dans le 95 en général. » A l’arrivée des enfants, nombre d’entre eux font le choix d’une scolarisation dans une école privée parisienne. « Ils ne veulent pas tester les écoles de Saint-Ouen parce qu’on ne teste pas avec ses enfants », avance Fabrice. Si les parents travaillent dans la capitale, les chances de se lier d’amitié avec les voisins s’amenuisent d’autant plus.

« Du coup, deux populations vivent côte à côte », analyse Fabrice. A droite, ceux qui ont toujours vécu là et ne se sentent plus à leur place. A gauche, ceux qui cherchent avant tout un cadre sympathique à un prix modique pour quelques années. « Il y a un risque que le département devienne un face à face entre les classes populaires et les classes moyennes, prévient Marc Wiel. Ce sera le lieu des prochains débats politiques. » Après tout, les élections municipales auront lieu l’année prochaine…

 Méréva Balin

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Comments

  1. anna says:

    Quel article négatif!
    Je suis audonienne et ne reconnais pas la ville décrite, la photo choisie.
    Nous avons acheté il y a 5 ans pour les raisons mentionnées par Fabrice (notre vendeur s’appelait Fabrice aussi…) mais nos enfants sont dans l’école du quartier et ils ne sont pas les seuls, ils y sont bien mieux qu’à Paris; nous fréquentons nos voisins,n’avons pas de projet de départ, la vie de quartier est riche et les activités sportives et culturelles multiples et variées (piscine aussi bien qu’à neuilly, mediatheque, ludothèque, marché, espace 1789, main d’oeuvre, les puces…). Arrêtez de stigmatiser le 93 et de chercher toujours à ce que les choses aillent mal.
    Quant au commentaire sur le projet des docks, c’est purement à charge, il serait bien d’expliciter dans votre article la réalité du « hors de prix »….

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