Avant le périph’ : les fortifs et la Zone

HISTOIRE. Le périphérique parisien a 40 ans. Mais qu’est-ce qu’il y avait avant le périph’ ? Une petite route ? La campagne ? Non. Des bidonvilles.

« La Zone ». En 1926, plus de 40 000 personnes très pauvres vivent là où sera coulé le bitume de l’actuel périphérique parisien. Elles occupent un espace de 125 mètres de large, non-constructible, qui entoure la muraille de Paris. Paris, ville alors fortifiée : 33 kilomètres de murs hauts de dix mètres et épais de trois mètres et demi. C’est « l’enceinte de Thiers », du nom du Président de la République française qui l’a faite construire dans les années 1840. Rendues obsolètes face à la puissance de tir allemande, les « fortifs » ont vite perdu leur rôle militaire. C’est alors que les populations les plus pauvres en ont occupé les abords, sans attendre leur démolition, en 1919.

Les fortifications parisiennes, Porte de Versailles. On aperçoit "la Zone", au loin.

Les fortifications parisiennes, Porte de Versailles. On aperçoit « la Zone », au loin.
Source : http://visualiseur.bnf.fr/ConsulterElementNum?O=IFN-6923676&E=JPEG&Deb=1&Fin=1&Param=C

Un taudis dans "la Zone", dans les années 1930.

Un taudis dans « la Zone », dans les années 1930.
Source : http://www.pss-archi.eu/forum/viewtopic.php?pid=214652

Aujourd’hui, les Parisiens roulent donc sur d’anciens bidonvilles, tandis que les HLM construits dans les années 1930 l’ont été sur les ruines des fortifications. Pour en arriver à un tel réaménagement de l’espace, personnalités et institutions ont beaucoup débattu, dès 1882. Certains voulaient faire des affaires immobilières, quand d’autres imaginaient un grand parc naturel entourant la capitale. Le conseil municipal de Paris tranche en 1924 : ce seront des logements, un Parc des Expositions, une Cité universitaire ainsi que des groupes scolaires et des terrains de sport (tous ne verront pas le jour, faute de temps et de Seconde Guerre mondiale).

Le projet de la Libération et de Pompidou

A l’intérieur de cet espace périphérique, l’idée d’un boulevard existe bien à l’époque. Et pour cause : avec parfois 20 000 véhicules par jour à la fin des années 1930, la circulation est parfois difficile sur les « maréchaux », ces boulevards qui font le tour de Paris intra-muros. Mais à l’époque, on pense surtout à une route, serpentant entre les nouvelles constructions. C’est à la Libération que l’idée d’un boulevard périphérique prend toute sa dimension, quand le Ministère de la Reconstruction dessine le système autoroutier français. Le chantier est lancé en 1959 et le premier tronçon inauguré en 1960. Porté par le président Georges Pompidou, le projet devient un symbole de la modernité triomphante.

Paradoxalement peut-être, l’idée est toujours d’ouvrir Paris, de l’aérer. Alors que le plan de 1924 prévoyait de constituer un espace tampon, une transition agréable entre Paris et sa banlieue, le boulevard périphérique doit parachever cette démarche, y ajouter une certaine fonctionnalité, et ouvrir plus encore la région au reste de la France et de l’Europe. Pourtant son efficacité fait débat. Dès l’inauguration du dernier tronçon en 1973, les bouchons commencent à faire la réputation du périph’. On pense alors, déjà, à doubler le boulevard d’un viaduc, voire d’un second périphérique.

Mickael Guiho

En savoir plus :

Des fortifs au périph, Paris : les seuils de la ville, avec A. Lortie, Picard, Pavillon de l’Arsenal, 1992.
Achèvement périphérique, Reportage télévisé, INA, 1973.

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