Faire pipi à tout prix

BON PLAN. Pour se soulager à Paris, le promeneur peut choisir d’affronter les WC automatiques gratuits mis en place par la capitale. Mais bien souvent il préférera se tourner vers une solution alternative, quitte à y mettre le prix.

Les lavatories de la rue Lamarck (Paris, 18e)

Les lavatories de la rue Lamarck dans le 18ème arrondissement (Crédit : Dora Courbon) 

Dix minutes à arpenter le 9e, sans croiser de sanisette. C’est quand on se met à la recherche de WC publics à Paris qu’on réalise qu’ils se font rares. Enfin, là, au bout de l’avenue Trudaine, le bunker métallique salvateur apparaît.

Rue déserte, quartier propre : les conditions idéales pour entrer sans honte ni trop de crainte. Mais à gauche de la porte, aucun voyant n’est allumé. Mauvais signe. Appuyer sur le bouton ne sert à rien, la porte reste close. La sanisette est cassée.

A l'entrée d'une sanisette

A l’entrée d’une sanisette (Crédit : Dora Courbon)

La capitale compte aujourd’hui 394 sanisettes. Cinq autres seront prochainement mises en place. Financées par la ville de Paris (11 600 000 € HT pour 2012), elles sont gérées par la société JC Decaux. L’entreprise s’en occupe depuis l’installation jusqu’à l’entretien. Trois fois par semaine, des agents alimentent les cabines en savon et en papier toilette.

Le modèle dernier cri, dont le design est signé Patrick Jouin, fait partie du mobilier urbain depuis 2009. Il est gratuit, accessible aux handicapés et écologique.

En 2012, selon JC Decaux, les cabines ont reçu près de 13 200 000 visites.  Une moyenne de 92 passages par jour et par cabine. Mais un score loin de rendre compte du nombre de pipis produits chaque jour dans l’espace public de Paris.

Pour se soulager gratuitement, il existe encore quelques alternatives. Dans des vraies toilettes, s’entend.

Le luxe des lavatories

Au sommet de la rue Maurice Utrillo dont les quelques 160 marches débouchent au pied du Sacré-Cœur, on tombe nez-à-nez avec des « lavatories ». Des WC publics, construits en dur et gratuits. Instaurés au début du siècle par la ville, leur gestion est aujourd’hui confiée à la société Stem.

« Horaires d’hiver : 10-18h » indique l’écriteau sur leur porte. En entrant, on est accueilli par une « dame pipi » assise dans une loge autour de laquelle sont disposées une quinzaine de cabines à battant en bois et un coin pissotières.

Madame pipi travaille ici depuis 20 ans. Elle est une espèce en voie de disparition. « La ville a tout fermé. Des toilettes publiques comme celles-ci, on n’en trouve plus que dans le jardin des Champs Elysées, place du Trocadéro et à côté de Notre-Dame » énumère-t-elle. Sept lavatories ont en effet fermé l’an dernier.

A l’évocation des sanisettes, elle grimace, « ici, c’est beaucoup mieux quand même! ». Certes, l’établissement est propre, lumineux et ça sent bon. Une autre touriste sort d’une cabine : « Je suis tombée par hasard sur ces toilettes, explique-t-elle. Un soulagement. Jamais je ne mettrais un pied dans une sanisette, c’est trop sale. Je préfère donner un peu d’argent ici, ou m’arrêter dans un café et commander une consommation. »

Le prix d’un café, mais sans le café

Beaucoup ont donc un « budget pipi ». Paris n’a pas prévu de développer ou d’améliorer son offre de sanitaires gratuits, d’ici à 2024. Eric Salles a compris qu’il y avait une niche. En 2006 il crée PointWC : des WC publics, chics… mais payants.

Après chaque passage, un employé s’assure de la propreté de la cabine. On aurait du mal à parler de dame pipi : le personnel de PointWC est très éloigné du stéréotype. « Nous avons voulu développer des sanitaires à la hauteur de l’image de la ville, explique Romain Séligmann de PointWC. Offrir une alternative aux très anxiogènes sanisettes ».

Entre 1 et 2 euros le pipi, en fonction du site et de la qualité de la cabine. Dans la galerie commerciale du Carrousel du Louvre par exemple, les visiteurs du PointWC auront à choisir entre le « spa japonais » ou la « cabine design ». Le concept rencontre un certain succès. « Il y a une véritable demande, nous recevons entre 100 et 1000 clients par jour sur chaque site », poursuit Romain Séligmann.

Les premiers ont été installés sur la très fréquentée avenue des Champs Elysées. Quatre sites existent aujourd’hui. L’entreprise a même crée un site sur lequel les internautes indiquent les lieux où ils souhaitent voir s’installer un PointWC.

Mais ces WC de luxe ne séduisent pas tout le monde. « On s’est fait avoir. Nous étions pressés. C’est propre, c’est beau, mais ça n’a rien d’exceptionnel.  C’est bien trop cher pour un pipi, râle un couple en sortant. A ce prix là, on aurait aimé qu’on nous serve un café! ».

Dora Courbon

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Comments

  1. Offrir un café ? Et puis quoi encore ? Boire du café donne envie de faire pipi …

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