« Collage urbain » à Champigny: une HLM nouvelle génération

REPORTAGE. Le « collage urbain » du quartier des Mordacs à Champigny-sur-Marne (94) jouit d’une belle reconnaissance médiatique. Au-delà de son architecture, ce projet singulier interpelle sur le devenir des logements sociaux en France.

«  Comment peut-on concevoir des habitations sociales sans la moindre recherche esthétique ? », s’indignait Benoît Poelvoorde au moment de traverser un bloc de barres HLM dans le film « C’est arrivé près de chez vous ». Point de départ d’une réflexion plus vaste sur l’amélioration des logements sociaux et de leur espace urbain. Bon nombre d’urbanistes, architectes, politiques, riverains se sont tour à tour posé des questions. Les réponses commencent à germer dans plusieurs communes de France.

S’emparer des éléments et les mettre en valeur

A Champigny-sur-Marne, la mairie, le bailleur Paris Habitat-OPH et l’architecte Edouard François se sont penchés sur le sujet, et livrent début 2012 « le collage urbain » du quartier des Mordacs. Un ensemble bigarré, en rupture avec les grands bâtiments monomaniaques du type tour, barre, à commencer par son architecture qui superpose des maisons de ville en bas, une barre des années 50 au-dessus et, en toiture, des pavillons. « J’ai pris les petites maisons de villes qui sont à côté, j’ai pris les barres, j’ai pris les pavillons, je les ai juxtaposés, et j’en ai fait un objet singulier qui donne envie d’aller voir ! », se félicite Edouard François.

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Le « collage urbain » d’Edouard François à Champigny-sur-Marne (Crédits: GLVH)

L’idée formelle s’inspire également du projet de rénovation urbaine, qui vise à créer une dynamique de centre-ville. Une perception de centralité imaginée en multipliant les accès, les pas de porte. « La ville c’est la biodiversité, le mélange, l’hétérogénéité. J’ai fabriqué un chaos urbain. Retrouver une forme de chaos pour recréer un centre-ville dans une ville des années 70, où un seul modèle urbain sans aucune complexité et inhumain, a été imposé. », explique Edouard François.

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14, 3 millions d’euros auront été nécessaires à la construction du « collage urbain »  (Crédits: GLVH)

Les nouvelles habitations ne font pas l’unanimité

Ces derniers mois, les médias se sont fait l’écho de ce projet innovant en omettant parfois les problèmes de maintenance et de finition des travaux. Sur le terrain, la majorité des occupants semble apprécier leurs nouveaux foyers.

Deux familles estiment par exemple avoir été relogées trop tôt, si bien que lorsque ce n’est pas un ascenseur ou des lumières dans un couloir qui sont en panne, l’interphone dysfonctionne et confond l’appartement 45 avec le 44. « Sans parler de deux semaines sans chauffage et sans eau chaude en octobre » surenchérit un autre voisin. Pour une autre famille, ce sont des journées entières plongées dans l’obscurité en raison de gonds de volets bloqués qui attendent désespérément réparation, augmentant ainsi la facture d’électricité. « Si ça continue comme ça, je bloque le loyer jusqu’à ce que les réparations soient terminées ! », menace la locataire. Le bailleur reconnaît des retards dans certains délais d’intervention.

L’avenir des logements sociaux ?

Mais si la réalisation séduit l’opinion, elle le doit aussi en partie à une autre série de superpositions. Des réglementations en matière environnementale qui vont du choix des matériaux à la consommation d’énergie, le confort thermique d’été et d’hiver en passant par le management environnemental de l’opération, récompensées par le label habitat et environnement. Mais empiler les normes écologiques couplées à une demande de logement toujours plus qualitative entraîne bien souvent une augmentation du coût de la construction.

En 2010, à l’occasion de l’exposition «Vers de nouveaux logements sociaux» à la Cité de l’architecture à Paris, Laurent Alberti, ancien urbaniste et actuel chef du département d’histoire de l’architecture et de l’archéologie de la ville de Paris, indiquait que « les bailleurs sociaux -et derrière eux les communes- doivent maintenant assumer les charges d’entretiens de leur parc social. Du coup, ils tendent à favoriser les ménages aux revenus modestes ou moyens plutôt que les personnes en réelle difficulté dans l’attribution des logements. »

Selon Paris-Habitat, sur les 114 logements livrés, 49 ont été octroyés aux résidents du précédent bâtiment érigé en lieu et place du « collage urbain » des Mordacs. En suivant le raisonnement de Laurent Alberti, la tendance se confirme. « En demandant aux logements sociaux de répondre aux exigences de la « classe moyenne » en terme de qualité de vie, on participe à en exclure les classes les plus défavorisées, dont l’urgence est avant tout de disposer d’un toit. » Alors est-il possible que Champigny-sur-Marne ait réussi le pari de concilier ces deux données ? Nous avons posé la question à plusieurs reprises à la mairie qui n’a pas répondu pour le moment.

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Le collage urbain de Champigny-sur-Marne sous la neige (Crédits: GLVH)

En observant l’édifice dans ses structures les plus atypiques, à savoir les maisons de ville du premier niveau, ainsi que les pavillons sur le toit, la tentation est grande d’écouter une dernière fois Laurent Alberti : « L’émergence d’une classe modeste à moyenne comme cible privilégiée des bailleurs sociaux, si elle se confirme, va avoir comme conséquence la multiplication de programmes de logement à la densité mesurée, privilégiant une forme d’habitat individualisé, et reprenant à son compte l’apparition des inquiétudes et exigences environnementales. »

Côté esthétique, les préoccupations d’ordre pratique font de l’ombre à la satisfaction pour certains locataires, à l’indifférence pour d’autres. Au duplex 45, on s’inquiète par exemple de sa terrasse bordée d’une ganivelle en châtaignier : « Je ne laisse pas mon enfant aller à cet endroit, une tige pourrait se rompre s’il venait à jouer avec l’une d’elles… ». Côté pratique, un nostalgique de son ancien logis déplore l’absence de rangements. « Privilégier l’esthétique c’est une chose, privilégier le fonctionnel, c’en est une autre. » pérorait Poelvoorde avant de déposséder sa prochaine victime.

Gabriel Le Van Ho

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Trackbacks

  1. […] pas si farfelue. Au Havre, à Amsterdam ou à Aukland, les containers font déjà office de logements pour étudiants, de bureaux ou de lieux d’échanges culturel. Avec près de 12 millions de […]

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