L’exploratrice du RER D : à Lisses, ça glisse

RER. Une heure trente : c’est le temps moyen que passe un Francilien dans les transports. Nos reporters se sont lancé le défi : jusqu’où puis-je aller en 1h30 ? Méréva Balin a choisi d’emprunter le RER D.
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À Lisses, avec ou sans neige, on est à la campagne. (Crédit : Méréva Balin)

10h35. Le quai du RER D à Châtelet est désert. Troublant juste après avoir quitté l’agitation de l’embranchement des Halles, le plus emprunté de Paris. Visiblement je suis la seule à tenter la grande aventure du RER D direction Corbeil-Essonnes aujourd’hui. J’envie presque ceux qui en face, attendent une rame des lignes A et B. Justement la mienne arrive.

Je monte dans un wagon un peu moins vide que le quai : nous sommes cinq. Le RER a du mal à repartir. Il se traîne, comme handicapé par son propre poids et celui de ses passagers. Enfin, la rame prend de la vitesse. Une musique d’ambiance électro nous accueille à Gare de Lyon. Heureusement, car l’arrêt est assez long. On repart. La lueur du jour apparaît au bout du tunnel. Ma rame émerge des profondeurs tout près de la gare de triage de Bercy.

Les travaux incessants changent le paysage de la banlieue.

Les travaux incessants façonnent le paysage de la banlieue. (Crédit : Mérévin Balin)

Au sud de Paris, le froid n’arrête pas les pelleteuses

Les travaux transforment la banlieue parisienne. Et pas forcément en mieux. Exemple : ce dôme de béton beige et rouge semblable à un hérisson géant. Une tâche inesthétique dans le paysage de Maisons-Alfort. De nouveaux quartiers sortent de terre. Le sud de la région parisienne est en pleine mue. Sur les quais des gares suivantes, les passagers grelottent en attendant leur rame. Une jeune femme se dandine d’un pied sur l’autre dans une chorégraphie assez comique. Tous les moyens sont bons pour trouver un peu de chaleur.

Mais comment font ces gens dans leur campement, là, à quelques centaines de mètres des rails ? Une vingtaine de cabanes faites de bric et de broc brave les températures négatives dans un paysage d’immeubles délabrés, de zones industrielles et de terrains vagues. Détail intriguant : un drapeau français flotte au-dessus de ce petit hameau. Et on dit que les gens du voyage refusent de s’intégrer…

À Vigneux, la neige a tenu

Je franchis les portes de l’Essonne : une immense enseigne orange sur un hangar, seule touche de couleur dans un paysage immaculé, m’en informe. Le paysage se fait plus champêtre. Vue sur la vallée et les collines enneigées, les cygnes voguant tranquillement sur les eaux de la Seine. Disons-le franchement, la citadine en moi commence à regretter ce défi saugrenu. Dans quelle rase campagne vais-je me retrouver ?

« Sans abri avec un enfant à charge, je cherche un travail ou un peu de monnaie. » Un petit papier posé sur le siège face à moi me sort de mes lamentations. Les traits tirés, la jeune femme distribue ces appels selon un scénario bien rodé. Les quelques passagers présents ne lèvent même pas la tête sur son passage. À Grigny, elle passe à la voiture suivante sans se presser.

Les noms de gares sont de plus en plus longs. Orangis-Bois L’Epine. Le Bras de fer-Evry Genopôle. Même la sympathique voix électronique sortant des haut-parleurs semble avoir du mal à les prononcer. 11h30. J’arrive dans la ville où a longtemps régné l’entreprise de pommes de terre Doittau : Corbeil-Essonnes. Terminus du train.

La gare de Corbeil-Essonnes, terminus de mon train à 45 minutes des Halles.

La gare de Corbeil-Essonnes, terminus de mon train à 45 minutes des Halles. (Crédit : Méréva Balin)

À Corbeil, le cimetière veille sur les quais

Invitée à descendre, j’obéis à la charmante voix. Un froid vif me saisit. Il doit faire  -10°C ici. Je suis le flux de mes compagnons de voyage vers la sortie. À gauche, un épais mur protège le cimetière. En face, cinq arrêts de bus. Je prends le premier qui vient : le 405, direction Ris-Orangis.

Au premier virage, les rouages du bus articulé grincent à m’en faire saigner les oreilles. Une petite goutte d’huile ne serait pas du luxe. Pourtant ils sont assez modernes les bus Tice. Au milieu, un écran vous informe des correspondances possibles. Il vous indique même l’heure de passage des prochains RER dans chaque gare du parcours. Par la fenêtre, une zone commerciale constituée de préfabriqués en aluminium sans fenêtre sous un ciel quadrillé par les câbles haute tension. L’heure H approche. Je vais devoir descendre. Au milieu de nulle part ?

Découverte de Lisses

12h. Le bus 405 entre dans Lisses. Une commune encore inconnue pour moi. Je m’arrête à la Maison de l’Enfance de la psychanalyste Françoise Dolto. La neige craque sous mes pas. Me voilà dans une rue déserte bordée de maisons individuelles. Ormes, marronniers, acacias… C’est un jardinier qui nomme les rues à Lisses ? Autour de moi, des pavillons ou des maisons d’architectes dans une succession d’impasses.

La ville de Lisses semble déserte sous la neige.

La ville de Lisses semble déserte sous la neige. (Crédit : Méréva Balin)

Si l’on en croit les écriteaux « Bienvenue » et « Bonnes fêtes » sur chaque porte, le voisinage est accueillant. Mais pas un commerce. Pas un terrain de jeux. J’emprunte un chemin boueux entre deux maisons et débouche dans un espace arboré au milieu des maisons. Je suis au bout de la ville, au début de la campagne. Le lieu idéal pour une partie de chat glacé. Justement un jeune garçon arrive avec sa grand-mère. Il tente une bataille de boules de neige. Rapidement calmée par la mamie. « Arrête ! Ça rentre partout sous les vêtements. » Le duo me croise et me salue. Comment savoir que l’on n’est plus à Paris ? Les gens vous disent bonjour… Et avec le sourire !

Méréva Balin

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