Grand Paris Express : le cap de la ligne Rouge franchi

TRANSPORTS. A l’hiver 2018, le premier tronçon de la ligne Rouge Sud devrait être inauguré. Il s’agira de la première des quatre lignes de métro en rocade autour de la capitale à voir le jour. À quoi va ressembler ce vaste chantier qui s’engage cette année ? Découvrez notre récit-fiction, appuyé de témoignages (bien réels ceux-là).
Le tronçon sud de la ligne rouge.

Le tronçon sud de la ligne Rouge.

La ligne Rouge bouge. Après cinq ans de travaux, le tronçon Sud, qui relie les gares de Pont-de-Sèvres et de Noisy-Champs, au sud de Paris, est sur les rails. Ces 33 kilomètres de métro automatique, inaugurés en cette froide matinée de l’hiver 2018 constituent le premier tronçon du Grand Paris Express. À terme, en 2025, la ligne Rouge reliera Le Bourget au Mesnil-Amelot, en passant notamment par Chelles, Villejuif, La Défense et l’aéroport de Roissy. Le tracé sera long de 95 kilomètres. Le plus long du réseau de métro parisien. Coût du projet : un peu plus de 5 milliards d’euros.

Avec ce premier tronçon inauguré, c’est un peu du Grand Paris qui prend vie. Les élus et responsables politiques le savent. Ce matin, en gare du Pont de Sèvres, à Boulogne-Billancourt, les porteurs du projet ont le sourire. Dix ans qu’ils l’attendaient.

« Une fantastique impulsion »

Il s’agit de marquer le coup. Le chef de l’Etat, Jean-François Copé, a fait le déplacement. Il faut dire que l’ancien président de feu l’UMP soutenait déjà le projet sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy (2007-2012). En 2009, alors maire de Meaux (Seine-et-Marne), c’est un Jean-François Copé « très enthousiaste » qui voyait dans ce Grand Paris Express « une fantastique impulsion ». Tout en veillant, précisait le président de la République, « à ce que personne ne soit sur le bord du chemin. »

À ses côtés, Anne Hidalgo, maire de Paris, qui avait fait du Grand Paris son cheval de bataille, savoure. Candidate à sa propre succession en 2020 à la tête de la capitale, l’élue mesure l’importance du projet.

Jean-Paul Huchon peut souffler. Le président de la Région Ile-de-France a donné de sa personne dans ce dossier. « Le Grand Paris Express, c’est le projet de transport le plus important du monde », fanfaronnait déjà le socialiste dans un entretien au quotidien Libération en 2012.

Cécile Duflot, ministre des Transports du gouvernement Fillon, lui emboîte le pas sur les quais de la gare, situés à 29 mètres sous terre. La nouvelle protégée de Jean-François Copé a suivi de très près le dossier du Grand Paris dont elle avait la charge, sous le quinquennat Hollande, en tant que ministre de l’Égalité, des territoires et du logement.

Morano plastronne

11 h, le cortège d’élus s’engouffre dans la première rame automatique à se lancer sur le nouveau tronçon. Long de 120 mètres (comme pour les rames de la ligne 14), l’engin peut accueillir quelque 1 000 voyageurs par train. Les 25 rames du parc sont proprettes et climatisées. Comme sur la ligne 14, le passager peut circuler entre les voitures. Pratique pour accueillir la forêt de caméras et de micros braqués sur Nadine Morano, la ministre de l’Intérieur, qui plastronne devant ses collègues du gouvernement.

11 h 06, les portes palières se ferment. Direction Noisy-Champs, 33 kilomètres plus loin. Avec une vitesse de croisière moyenne de 55 à 60 km/h, les trains à roulements fer (sur des rails classiques) relient les gares terminus en 35 minutes. Il fallait jusqu’à maintenant un peu plus d’une heure de trajet.

« Casser l’image du banlieusard »

Un gain de temps considérable pour les usagers du sud parisien. Entre la gare de Champigny Centre et la gare d’Issy RER, il suffira de 27 minutes contre 1h26 aujourd’hui. Les travailleurs en route pour la Défense arriveront quant à eux 30 minutes plus tôt au boulot, au départ de Vitry centre (30 minutes contre 1h aujourd’hui). Avec ses seize lignes au total, la ligne Rouge Sud dessert 22 communes et 4 départements. Plus d’un million d’habitants sont concernés.

Des usagers qui, en majorité, ont accueilli favorablement la construction de ce Grand Paris Express. « On casse l’image du banlieusard qui est, quelque part, dépendant de Paris. Y compris dans le transport. On désenclave. C’est ça que je trouve formidable dans ce projet », s’emballe Jean-Claude de Bagneux. « Depuis la gare du Pont de Sèvres, jusqu’à mon boulot à Villejuif, je devrais gagner une heure. Et une heure de plus à dormir, je prends ! », raconte Yves, de Boulogne-Billancourt. De fait, il lui faudra 13 minutes contre 1h15 aujourd’hui.

La voiture au garage

Désormais, certains songent même à se passer de la voiture pour se rendre au boulot. « Il est grand temps de développer un réseau de transports en commun qui aide les gens à laisser la voiture au garage », écrit Pierre, un habitant de Cachan, sur un forum.

« S’il y a des correspondances vers la ligne rouge, l’idée de reprendre les transports en commun me tente, explique Vanessa qui prend la voiture chaque matin entre Ivry et Arcueil. Mais tel que c’est aujourd’hui, c’est trop galère pour moi. »

Aider les Franciliens à se tourner vers le métro, c’est l’un des objectif du projet. Parmi les futurs usagers du Grand Paris Express, 8 à 10 % devraient abandonner la voiture au profit du transport en commun, selon une étude menée dès 2012. À l’échelle de l’Ile-de-France, cela représente une diminution de 18 700 véhicules sur les routes aux heures de pointe.

Plan antivoitures

Dans la rame, Cécile Duflot, ancienne écologiste, rappelle à ses collègues qu’elle a beaucoup fait dans ce projet ces dernières années. Bertrand Delanoë, président du Sénat ne manque pas quant à lui d’évoquer son « plan antivoitures », mis en place lorsqu’il était maire de Paris, en 2012. À ses côtés, le chef de l’État, dont l’écologie n’a jamais été une priorité, ne bronche pas. L’impayable Nadine Morano s’amuse à rappeler que, sous le gouvernement socialiste, le Grand Paris Express avait bien failli ne pas voir le jour.

Le Grand Paris ne s’est pas construit en une nuit

Il est vrai que le projet ne s’est pas fait sans anicroche. Dès les années 2010, nombre de collectifs de riverains se sont constitués. Comme celui de Michel Benkemoun, le collectif riverain Ligne rouge sud. La crainte de cet habitant de Clamart ? Que la vibration du métro se propage aux habitations situées au-dessus. La faute, selon lui, à la faible profondeur à laquelle se trouvent les quais de certaines gares sur le tronçon.

« On est directement attaqués, s’inquiétait-il déjà en 2013. Nous n’avons aucune garantie quant au respect de nos habitations. On nous assure qu’il n’y a pas de problèmes, on nous donne la messe, mais on n’est pas des imbéciles. Une fois que ce sera fait, on n’aura plus que nos yeux pour pleurer ! »

Plus que la réticence de certains collectifs de riverains, c’est le financement du Grand Paris Express qui a bien failli mettre à mal le projet. Fin 2012, déjà, Pascal Auzannet, un ancien responsable de la RATP, remettait à Cécile Duflot un rapport annonçant un coût des travaux de 30 milliards d’euros plutôt que 20 prévus initialement.

Du coup, par souci d’économie, le rapporteur préconisait, notamment, de ne pas intégrer l’extrêmité Est de la ligne Rouge, entre Champigny et Noisy. Impensable pour Jean-Paul Huchon. Le Grand Paris sera « réalisé dans son intégralité », tonnait le président de Région en réponse. Ce projet n’est pas un luxe, il est encore moins une utopie. » Il aura fallu l’arbitrage de l’ancien gouvernement socialiste pour que financement et délais de réalisation du méga projet soient garantis.

L’émotion de Jean-François Copé

11 h 30, la rame arrive au terminus, en gare de Noisy-Champs. Jean-François Copé est le premier à sortir. Son indécrochable sourire masque mal une certaine émotion. Sans doute pense-t-il, à cet instant, à son mentor en politique, Nicolas Sarkozy, à nouveau rattrapé par les affaires ces dernières semaines. Jean-François Copé le sait, le Grand Paris Express, c’est l’ancien président de la République qui l’avait lancé, il y a plus de 10 ans.

Alexis Bisson

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :